dix rêves de pierre, Blandine Le Callet
La nuit tombée, Antoine Choplin
L'insoutenable légèreté de l'être, Milan Kundera
Un écrivain, un vrai Pia Petersen
jeudi 14 mars 2013
lundi 5 novembre 2012
Rien ne s'oppose à la nuit (suite)
Pour compléter tout ce que tu as dit avec lequel je suis d’accord :
Je trouve vraiment intéressant de comprendre différents paradoxes : Cette enfant vit
une vie tout à fait particulière et ce qu’elle nous raconte est totalement
inhabituel et même hallucinant (et elle-même en a conscience) et pourtant c’est
son quotidien. Ça devient du « normal » pour elle.
Son histoire est chaotique, bancale. Elle est confrontée à
la peur pour sa mère et à la peur de sa mère. C’est une enfant et néanmoins, elle
doit se protéger, protéger sa sœur et même protéger sa mère. Elle grandit mal
et trop vite. On pourrait imaginer une adulte complètement destructurée, perdue
et on voit qu’elle a réussi à se construire, à construire une vie qui a un
sens.
Son écriture est très
touchante, elle décrit bien les sentiments qui l’animent. Elle explique sa
démarche, ses hésitations, ses questionnements. Cela permet au lecteur de
comprendre son histoire. C’est très certainement pour elle thérapeutique. Ça lui permet de continuer à
avancer. Comme on l’a dit lors de notre rencontre, sa douleur est « criée »,
on sent qu’elle parle « avec ses tripes » et donc que le bout du
chemin n’est peut-être pas encore atteint. Mais, je pense que cette force lui a
permis de résister et d’avancer dans la vie. Elle a le courage de
combattre les non-dits et elle permettra peut-être aux générations futures de
se débarrasser de ce fardeau familial.
Je suis curieuse de savoir comment va sa sœur et comment
elle gère sa propre histoire.
mardi 30 octobre 2012
Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan
C’est un roman que j'ai dévoré. Je l'ai lu en très peu de temps. Quand je l'avais entre les mains, je ne voulais plus le déposer.
C’est l’histoire d’une famille. Les histoires de famille,
les histoires individuelles, les histoires de générations sont des sujets qui
me tiennent à cœur. Peut-être parce que je suis moi-même en train de me
questionner sur ma famille, mes racines, mes origines. Par ailleurs, ce n’est
pas une fiction. L’auteur fait beaucoup d’efforts pour restituer les faits tels
qu’ils ont été vécus par les membres de sa famille. A chaque page du roman,
j’ai pensé à ma famille, à mon enfance, … est-ce que je pourrais écrire sur ma
mère ou mon père ? Pourrais-je écrire sur
ma propre vie ? Ce qui m’a plu c’est la véracité des faits. Ce n’est pas
le tableau rose d’une famille nombreuse où tout est parfait. Comme dans toute
famille, il y a des décès, des non-dits, des secrets, des douleurs, …
C’est la première fois que je lis un roman, où l’auteur tient à nous
raconter son travail d’écrivaine. Elle nous confie toutes les difficultés que
peut rencontrer un écrivain. Quelle va être la fin ? Quel est le fil
directeur ? Quels pronoms utiliser ? Je ou elle ? Les
subterfuges qu’elle trouve pour éviter de s’asseoir devant son bureau.
Et puis, la difficulté supplémentaire à laquelle se heurte cette auteure, c’est
le lien qu’elle entretient avec le personnage principal. Il s’agit de sa mère.
Elle pense également aux autres membres de la famille. Elle pense à leurs
réactions quand ils liront le roman. J’ai aussi été interpellée par les titres
de romans qu’elle cite, notamment celui de Christine Angot, L’Inceste, celui
Lionel Duroy, Le chagrin, et celui de Gérard Garouste, l’Intranquille,
œuvres qui font partie de la liste de romans que je souhaite lire. Encore une
fois, pour moi, le roman de Delphine de Vigan et ceux qu’elle cite, viennent
démontrer le poids, l’influence de notre vécu familial sur notre vie d’adulte.
Concernant les personnages, j’ai eu du mal au début du roman
à comprendre Liane, la grand-mère de Delphine de Vigan. Comment une femme pouvait-elle avoir pour seul dessein de
faire 12 enfants? Elle m’a aussi beaucoup surprise par
son attitude, de mon point de vue irresponsable, auprès des enfants. Le fait qu’elle les envoie au parc...
qu’elle dorme, alors que 5,6 ou 7 marmots sont en liberté dans la maison ou
dans le parc ? Elle m’a aussi stupéfaite, quand elle dit « ce n’est
pas bien de raconter des choses comme ça sur votre grand-père ». C’est
difficile d’accepter que durant toutes ces années qu’elle a partagées avec
George, elle n’ait rien remarqué… Mais dans les histoires de viol ou
d’inceste, très souvent, beaucoup de personnes qui côtoient le violeur, sont
aveugles, ne voient pas ou ne peuvent pas accepter ce qui se passe.
Georges, j’ai
commencé à le trouver suspect quand l’auteur dit qu’il regardait Lucile d’un autre
œil. Quand elle raconte qu’il ridiculisait les enfants, qu’il n’acceptait pas
leur attitude d’ado, … et puis quand elle dit que ses relations avec les filles
étaient douteuses… quand Lucile appelle Delphine pour s’assurer que tout va
bien, qu’elle débarque de la salle de bain toute nue et découvre Delphine dans
sa chambre, quand elle raconte qu’elle avait peur que sa fille soit violée par
l’homme avec qui elle sortait …je réfléchissais tout au long des pages que
je tournais sur ce qui avait pu provoquer chez Lucile ce côté mystérieux, ce
côté renfermé ?
Et j’ai commencé à avoir de plus en plus de doutes sur son
père. Et quand j’ai appris qu’il l’avait violé. J’ai posé le livre et j’ai
dit : je le savais.
L’auteur m’a beaucoup touché, notamment quand elle était
enfant. Pour moi, elle a été enfant thérapeute. Elle n'a pas vraiment vécu son enfance. Très jeune, elle devait subvenir aux besoins de la famille en posant pour des photographies. Elle n'a pas vécu non plus complètement son enfance, car elle devait aider sa mère à assurer son rôle de
mère. Quand elle court pour sauver sa sœur des mains de sa mère, elle doit
avoir 14 ans, c’était le 31 janvier 1980 (date de la 1ère crise de
Lucile – elle a 33 ans -, suite aux suicides de son compagnon et de son frère
Milo mai 1979). Elle dit d’ailleurs : « J’écris à cause du 31 janvier
1980. » Date à laquelle tout chamboule, date de non retour, date à
laquelle elle devient définitivement adulte et chasse la pureté, l’innocence de
l’enfance. Elle n'est plus enfant, quand ses
parents ont divorcé et qu’elle doit jouer le rôle de la médiatrice entre
les deux parents. Les moments difficiles qu’elle traverse quand Lucile va de mal
en pis (Lucile écrit « je vais craquer » avec son rouge à lèvre sur le
miroir de la salle de bains), Delphine (environ 11 ans) a peur de retrouver sa mère
morte. Puis après la première crise, l’anorexie, puis le virus qu’elle
attrape, … montrent combien l'écrivaine a souffert. Pour moi, Delphine de Vigan à
travers l’écriture a essayé de comprendre mais surtout elle cherchait une
réponse, une réponse qui n’existe pas en fait. Pourquoi sa mère en est arrivée
là ? L’auteure, aurait-elle pu faire
quelque chose ? Je pense que c’est l’enfant en elle qui cherchait à se
déculpabiliser, qui cherchait une preuve d’amour et que
rien n’aurait pu changer le cours des choses. Delphine de Vigan à travers ce
roman essaye de guérir.
Les parties du roman qui m’ont étonnées : quand Lucile
écrit et envoie à toute la famille (Lucile a 32 ans) qu’elle a été violée par
son père. On comprend bien à travers ce roman, que les histoires d’inceste sont
extrêmement difficiles à vivre et à accepter dans les familles. Qu’aurait-il pu
se passer si un membre avait pris au sérieux ses confessions ? Son père
aurait été condamné… et je pense que beaucoup de membres de la famille ont pensé
à : que diront les autres ? Quelle image aura notre famille ?
Qu’allons-nous légué à nos enfants ? Ils ont préféré taire… faire comme si
de rien n’était… et Lucile comme après la mort d’Antonin, ou comme avant la
mort d’Antonin, était là physiquement mais absente au sein de la famille. Du
moins, c’est ainsi qu’elle l’a ressenti je pense. Finalement on peut se
demander jusqu’où cette famille était réellement unie ? En apparence,
comme dans le film enregistré, c’était une famille nombreuse et joyeuse, mais en réalité, tout est différent. Les membres, Lucile y compris, ne conservent pas cette peinture idyllique d'une famille exemplaire.
C’est un roman qui nous tient vraiment en haleine avec des mots poignants et un beau style
de narration.
Parmi les thèmes abordés, les histoires de famille, les
secrets de famille, l’inceste, la maladie, celle de la bipolarité (Lucile et
Barbara, la sœur de Liane), le suicide (pacte entre Jean-Baptiste – il est le
cousin germain de Lucile et il était le père de l’enfant de Justine, Niels et Milo) , le pouvoir
libérateur de l’écriture, la psychogénéalogie, l’isolement dans lequel se trouve une
personne dépressive, la masturbation, le divorce, le tiraillement dans lequel se trouvent les enfants de parents divorcés.
J'ai bien apprécié lors de notre rendez-vous littéraire, la discussion
qui a débuté avec le thème de la psychogénéalogie et s'est clôturée sur
le thème des différentes méthodes de guérison avec les
magnétiseurs et les coupeurs de feu.
Banu
Banu
Et puis Paulette... de Barbara Constantine
J’ai savouré ce roman pour plusieurs raisons. Tout d’abord
les personnages sont très attachants. J’ai d’ailleurs pensé à « Ensemble
c’est tout », de Anna Gavalda ou « La valse lente des
tortues » de Katherine Pancol ou encore « le cercle littéraire des
amateurs d’épluchures de patates » de Mary Ann Schaffer parce que les personnages de ces
romans étaient aussi sympathiques, bienveillants, drôles, attendrissants, …
bref vivants.
Ferdinand, je l’ai trouvé bourru, drôle,
attendrissant et têtu, un personnage qu’on aime malgré tout. Marceline,
bienveillante, maternante, sensible. Les enfants, Lucien et Ludovic, ils m’ont
bien fait rire, de véritables peintures de l’innocence, de la franchise et de
la joie de vivre. Muriel et Kim courageux, volontaires, une image assez fidèle
de la génération des jeunes d'aujourd'hui. Les sœurs Lumière, symbole d’une amitié
exemplaire. Guy et sa moitié, un couple soudé soumis à une séparation, une des
douleurs de la vie les plus difficiles à surmonter, de mon point de vue. Enfin Roland et sa
femme, l’image d’un couple qui se désagrège, un tableau qui me
rappelle autour de moi des amis ou couples qui se sont séparés.
J’ai aussi rapproché ce roman de « Ensemble, c’est tout »
et des autres, parce que le ton est léger. Les moments difficiles de la vie ne
sont pas racontés de façon dramatique. Vous ne ressortez pas de ce roman
complètement bouleversé et perturbé, comme vous pouvez l’être, dans mon cas,
quand j’ai lu « D’autres vies que la mienne ». Et puis toutes les références faites à
la nature, aux tisanes pour se soigner, à l’agriculture bio, à la peinture
faite maison, … C'était un régal !
Ce que j'ai beaucoup apprécié également, ce sont les thèmes qui y sont abordés et évidemment la
façon dont ils sont abordés. L’amitié et l’amour, le ciment de la vie, des
liens d’amitié se créent entre les générations, à travers une même génération,
et ces liens se créent tout au long du roman. Ferdinand est à l’origine de
cette grande toile d’amitié qui se forme dans sa grande maison. Et puis
l’entraide, la solidarité, l’empathie, le respect de l’autre (quand personne n’ose
poser la question à Marceline), la bienveillance.
Et puis des thèmes d’actualité, les problèmes de logement,
l’agriculture bio, la gestion du deuil, le déni de grossesse, la dépendance des
personnes âgées, la solitude, la maladie, …
Puis l’écriture de l’auteur, une lecture facile, simple et parfois des petites expressions que j’ai bien aimées, comme
« rester comme deux ronds de flan », …
La fin nous laisse sur notre faim… on a envie d’en savoir
plus…
dimanche 1 juillet 2012
d'autres vies... (2)
ça y est!! Je peux écrire. Merci Banu!
Voici donc le message que je voulais faire paraître il y a quelques jours:
Voici donc le message que je voulais faire paraître il y a quelques jours:
Bon, je prends enfin le temps de participer!
Ce livre m'a plutôt plu même si je n'ai pas accroché tout le
long. Il était facile et rapide. C'est la fin surtout qui m'a touchée:
cette mère qui essaie par tous les moyens de rester debout
malgré ce qui la submerge et cherche à laisser une bonne image à ses enfants.
ça nous fait réfléchir à la réaction qu'on pourrait avoir nous-mêmes.
Peut-être que les choses auraient été différentes si elle
avait les abordées autrement...mais ça personne ne peut le dire. Chaque
histoire est singulière et la rencontre avec la maladie peut prendre tellement
de formes différentes. Il apparaît tout de même que c'est toujours un combat.
les gens que j'ai vu très malades, se sont battus, chacun avec leurs armes.
La religion peut effectivement aider à accepter la mort si
elle promet le passage dans un autre monde, meilleur. Sinon, c'est une fin.
dans la religion catholique, les méandres de la vie sont des
épreuves envoyées par Dieu, épreuves qu'on accepte avec résignation. C'est bof
présenté ainsi, non ?
Ou bien, pire! c'est qu'on l'a mérité!
C'est difficile de se sortir de ces idées reçues.
Je suis néanmoins persuadée que le dépassement de ces épreuves,
fait grandir (pas toujours joyeusement) et mieux comprendre les autres.
Anne-Claude.
Anne-Claude.
mercredi 13 juin 2012
D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère
Concernant
le roman d’Emmanuel Carrère, j’ai trouvé qu’il était difficile à lire à
certains moments, notamment à la fin… c’est une histoire qui réveille des
émotions fortes. On a été plusieurs à verser des larmes à la fin. Mais
contrairement à moi, les autres lectrices ont trouvé l’histoire triste et
dramatique. Une mère qui perd ses enfants, une mère qui souhaite voir
ses enfants moins longtemps pour éviter que ces derniers ne s’habituent à elle. Une mère qui a
vécu deux fois la maladie. Une mère qui ne partage pas ou peu sa douleur, sa
maladie avec son entourage. Une mère qui parle de sentiment d’abandon dans son
enfance. Une mère qui a peur de perdre ses enfants… et aussi une mère, et là c’est
mon point de vue, qui vit de nouveau cet abandon ressenti dans son enfance à travers sa maladie et l'abandon de
ses propres enfants. Ce qui m’a dérangé dans ce personnage c’est le fait qu’elle ne
se soit pas battue, c'est ce que j'ai dit hier. Mais en fait, je pense m’être mal exprimée. Ce qui me dérange
c’est qu’elle n’ait pas accepté la maladie, qu’elle ne l’ait pas partagé avec
ceux qu’elle aime, qu’elle n’ait pas lâché prise, qu’elle ait essayé de rester
forte pour empêcher que les autres souffrent. Elle ne s’ouvre pas. Elle voit la maladie comme une fatalité.
Je ne dis pas que c’est facile. Je ne dis pas non plus que c’est de sa faute.
Au contraire, je dis qu’elle a été trop dure avec elle-même, qu’elle a
privilégié ses enfants et son mari aux dépens de son bien-être à elle. Or pour
aimer les autres, il faut d’abord s’aimer soi-même. Pour aider les autres, il
faut d’abord s’aider soi-même. Mais notre histoire, notre vécu, notre enfance
font parfois qu’on ne sent pas digne d’accepter d’être aimé, d’être aidé. C’est cela que je voulais dire. Juliette souffre doublement. D’une part parce qu’elle a
une partie d’elle-même, son enfant intérieur qui croit être abandonnée, et c’est
une question qu’elle n’a jamais pu élucidée. D’autre part, parce qu’elle ne
partage pas cette maladie. Ce qui était très intéressant c’était le point de
vue de certaines des lectrices. Pour elles, dire que Juliette n’a pas assez combattu
ou n’a pas réussi à combattre la maladie, c’est dire que finalement si on
succombe à la maladie, c’est qu’on ne s’est pas assez battu, et donc que nous
sommes responsables de notre mort. Moi, je ne le vois pas du tout de cette façon-là. Le sentiment de culpabilité est omniprésent chez nous les femmes je
trouve. Voir la maladie ou la dépression comme un moyen de répondre à son
mal-être, une roue de secours, une partie de soi qui est en deuil, une partie de
son âme qui souffre, qu’il faut la soigner, la choyer, l’accepter est une
vision singulière dans le monde occidental.
Dans le monde occidental, la maladie ou la dépression sont rejetées. Elles ne doivent pas nous atteindre, si jamais elles nous atteignent, la première réaction, c’est la peur de mourir. Et là il y a un travail énorme à faire sur la symbolique de la mort et de la vie dans notre inconscient. Symbolique qui s’est construite à travers notre histoire personnelle, familiale mais aussi à travers la religion, qui est le domaine privilégié abordant les questions de la mort et de la vie. Et la peur de mourir, c’est la peur de perdre, la peur d’échouer, la peur d’être responsable et enfin la peur d’être coupable. C’est le cercle vicieux de la culpabilité. Or dans l’ensemble des cas cliniques traités par les psychanalystes, ce n’est pas la peur de mourir qui ronge les malades ou les dépressifs. C’est une autre peur déguisée. Une personne malade ou dépressive a déjà une partie d’elle en deuil ou mourrante. C’est ce qui se cache derrière ce deuil, cette partie souffrante, cette partie inanimée de notre âme, de notre histoire que se recroqueville notre véritable peur. Dans son œuvre intitulée "Guérir son enfant intérieur", Moussa Nabati dit « quand on aime la vie, on n’a pas peur de mourir ». Cette phrase est incroyablement paradoxale d’un côté et incroyablement vraie de l'autre. Tout dépend de ce que représentent la vie et la mort dans notre inconscient.
Emmanuel Carrère parle de la vie des autres, et en tire des leçons dans sa propre vie. Certes en observant la vie des autres, on apprend, on se construit, mais ce n’est pas une condition suffisante. De mon point de vue, se construire, s’accepter (dans le sens d’accepter son histoire personnelle), s’aimer ça passe avant tout par un travail sur soi-même. Finalement se rassurer quand on déprime, quand on angoisse, en voyant des personnes qui sont dans de plus grandes souffrances, ça peut aider à prendre du recul, mais ça ne nous aidera jamais à voir cette partie de nous-mêmes qui nous titille et nous angoisse. Et j’ajouterai pour rassurer celles qui sont dans une nature culpabilisante, ce n’est pas parce qu’on n’a pas trouvé ou réussi à découvrir le pourquoi de notre angoisse, que nous allons tomber sous le joug de la maladie et de la dépression. Je pense juste qu’il faut être à l’écoute de ses émotions, en parler sans tabou à soi et aux autres.
Banu
Dans le monde occidental, la maladie ou la dépression sont rejetées. Elles ne doivent pas nous atteindre, si jamais elles nous atteignent, la première réaction, c’est la peur de mourir. Et là il y a un travail énorme à faire sur la symbolique de la mort et de la vie dans notre inconscient. Symbolique qui s’est construite à travers notre histoire personnelle, familiale mais aussi à travers la religion, qui est le domaine privilégié abordant les questions de la mort et de la vie. Et la peur de mourir, c’est la peur de perdre, la peur d’échouer, la peur d’être responsable et enfin la peur d’être coupable. C’est le cercle vicieux de la culpabilité. Or dans l’ensemble des cas cliniques traités par les psychanalystes, ce n’est pas la peur de mourir qui ronge les malades ou les dépressifs. C’est une autre peur déguisée. Une personne malade ou dépressive a déjà une partie d’elle en deuil ou mourrante. C’est ce qui se cache derrière ce deuil, cette partie souffrante, cette partie inanimée de notre âme, de notre histoire que se recroqueville notre véritable peur. Dans son œuvre intitulée "Guérir son enfant intérieur", Moussa Nabati dit « quand on aime la vie, on n’a pas peur de mourir ». Cette phrase est incroyablement paradoxale d’un côté et incroyablement vraie de l'autre. Tout dépend de ce que représentent la vie et la mort dans notre inconscient.
Emmanuel Carrère parle de la vie des autres, et en tire des leçons dans sa propre vie. Certes en observant la vie des autres, on apprend, on se construit, mais ce n’est pas une condition suffisante. De mon point de vue, se construire, s’accepter (dans le sens d’accepter son histoire personnelle), s’aimer ça passe avant tout par un travail sur soi-même. Finalement se rassurer quand on déprime, quand on angoisse, en voyant des personnes qui sont dans de plus grandes souffrances, ça peut aider à prendre du recul, mais ça ne nous aidera jamais à voir cette partie de nous-mêmes qui nous titille et nous angoisse. Et j’ajouterai pour rassurer celles qui sont dans une nature culpabilisante, ce n’est pas parce qu’on n’a pas trouvé ou réussi à découvrir le pourquoi de notre angoisse, que nous allons tomber sous le joug de la maladie et de la dépression. Je pense juste qu’il faut être à l’écoute de ses émotions, en parler sans tabou à soi et aux autres.
Banu
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